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LA
RUPTURE
Après un dernier
succès aux 24 Heures du Mans sous la marque DB,
Charles Deutsch et René Bonnet
se séparent fin 1961, pour fonder chacun leur
propre marque.
Le 48ème salon de l'Automobile de Paris se
tient, du 5 au 15 octobre 1961, au Grand Palais.
La marque DB présente, pour la dernière fois,
ses modèles "Le Mans" en version Racing, Luxe et
Grand Luxe en cabriolet ou coupé à
mécanique Panhard.
LES AUTOMOBILES RENE BONNET
Courant 1961 André Moynet, pilote, ancien ministre et
ami personnel de René Bonnet, lui présente M.
Chassagny, P. D. G. de la société Matra
(Mécanique Avion TRAction),
alors spécialisée dans l'aéronautique
et l'armement.
A compter du 2 novembre 1961, la société EPAF
(qui construit et commercialise les DB) devient Automobiles
René Bonnet avec, comme Président Directeur
Général, René Bonnet. Cette
société continue la fabrication des
automobiles de la marque DB qui, grâce aux appuis de
Moynet et de la Matra, a pu faire l'acquisition d'une usine
située à Romorantin (Loire et Cher). La GAP
(Générale d'Application Plastique),
propriété de Matra et installée sur
place, fabrique les carrosseries en "plastique" (polyester)
pour René Bonnet.
Dans les ateliers de Champigny subsistent le bureau
d'études, le service compétition et la
fabrication des prototypes.
L'HOMME RENE BONNET

René Bonnet, né le 27 décembre 1904
à Vaumas (Allier), aborde le sport automobile en 1932
alors qu'il est agent Citroën à Champigny sur
Marne (Seine). Il développe sa propre affaire dans
des locaux loués à la famille Deutsch. Se
liant d'amitié pour le fils Charles, ils construisent
une voiture de course sur la base de la Citroën
traction avant à moteur 2 litres. La première
DB tourne en 1938 et jusqu'à fin 1961, les victoires
vont s'accumuler par centaines et la "Marseillaise" retentit
souvent sur les circuits du monde entier.
L'HEURE DU CHOIX
A cette époque, la conception des voitures de courses
est en pleine évolution. Les avantages du moteur
central commencent à être reconnus. Cette
disposition a déjà été
essayée sur la barquette n°45 à moteur
Panhard 850 cm3 de Jean-Claude Vidilles et
André Moynet, cette année 1961 au Mans
où elle termine seconde des 6 DB en course
derrière la n°53 de 702 cm3 de
Gérard Laureau et Paul Armagnac, vainqueurs à
l'indice de performance.
Si Charles Deutsch reste fidèle à la traction
avant, l'équipe de René Bonnet, sous
l'impulsion de Jacques Hubert, a décidé
d'adopter le moteur central.
La situation de René Bonnet n'est pas facile, il lui
faut en très peu de temps redéfinir des
voitures "de série" pour continuer à vivre et
l'utilisation des moteurs Panhard est
problématique.
Ce constructeur traverse une période difficile et le
début de prise de contrôle par Citroën
conduit Paul Panhard à conseiller René Bonnet
de se tourner vers un autre fournisseur de moteurs.
MECANIQUE RENAULT
Au début des années soixante, le seul
constructeur français qui ne considère pas la
compétition comme un lieu de perdition s'appelle
Renault essentiellement par la volonté de Louis
Dreyfus alors Président de la Régie.
Tout un programme est mis sur pied pour associer la
régie Renault à la nouvelle marque des
"Automobiles René Bonnet".
- Un nouveau groupe 5 paliers plus moderne destiné
à équiper la R 8. C'est ce dernier qui servira
de base de développement aux moteurs de
compétition.
Amédée Gordini dont les ateliers du boulevard
Victor à Paris ne subsistent que grâce à
la Régie, est chargé de la mise au point des
différentes versions dont l'une d'elle devra pouvoir
équiper la remplaçante de la Dauphine 1093, ce
sera la R 8 Gordini.
Pour René Bonnet, en plus d'un moteur pour concevoir
une voiture de compétition, le deuxième point
crucial réside dans le choix de la boîte de
vitesses.
Le contrat impose le recours à un maximum de
pièces d'origine Renault. La future boîte
destinée à équiper les Estafette est de
conception moderne en deux demi-carters aluminium, ses
caractéristiques doivent lui permettent une
utilisation pour des puissances de l'ordre de 80 à
100 ch, objectif envisagé pour les moteurs Gordini.
Cette nouveauté arrive à point.
LA BARQUETTE PROTOTYPE
Une première voiture est lancée en
décembre 1961 avec comme cible principale la
première place dans la catégorie 700
cm3 aux 24 Heures avec pour adversaire : la Fiat
Abarth, l'Osca et la demi-sur que prépare
Charles Deutsch.
A partir d'une maquette au 1/5ème,
René Bonnet construit un châssis qui, dans son
esprit, reprend le principe de la dernière DB. La
voiture sera en aluminium, comme tous les prototypes de
course construits à l'unité, cette solution
étant plus rapide.
Le châssis multitubulaire permet d'atteindre le poids
le plus réduit possible. La suspension est à
roues indépendantes avec combinés
ressort-amortisseur et freins à disques
Lookheed-Bendix à mâchoires doubles.
Jacques Hubert innove aussi avec l'utilisation du
magnésium pour les roues et les porte-moyeux
malgré tous les inconnus concernant la
résistance dans le temps de ce métal.
Cette recherche permanente de poids minimum conduit à
une valeur record de 450 kg lors du pesage de ces barquettes
au Mans.
LA BERLINETTE, LE COUPÉ, LE COACH
?.....

Les voitures
prototypes pour le Mans étant lancées, toute
l'équipe se tourne vers la future Grand Tourisme qui
doit remplacer les coach DB.
Nous sommes en janvier 1962, il ne reste plus que 3 mois
pour les essais du Mans en avril.
Jacques Hubert conçoit la voiture : moteur central,
carrosserie plastique, suspension moderne, taille
réduite. L'installation du 4 cylindres transversal de
l'Austin Cooper est, un moment, envisagé. Les 90 ch
du 998 cm3 impressionne René Bonnet. Les
accords avec Renault modifient les plans ainsi que les deux
places arrières prévues initialement.
De quelle voiture s'est-il inspiré ? En fait d'aucune
en particulier mais, il est normal de penser que les
principales réussites de l'époque ont eu une
influence certaine sur le dessin et la conception de la
voiture.
La Lotus Elite avait montré la possibilité de
concevoir une carrosserie autoporteuse en plastique.
Le grand pare-brise, déjà vu sur une DB et la
Maserati 250, est emprunté à l'Alfa
Roméo SS. La courbure du pavillon a été
prise à l'Alfa Gulietta Sprint mais d'autres
caractères sont plus originaux : La bulle et
l'arrière tronqué, la suspension, le moteur
central.
Différents dessins paraissent dans la presse de
l'époque pour donner une idée de ce que sera
cette voiture (l'Auto-Journal, Sport-Auto en février
et l'Automobile en mars). Celui de Jean-Paul Boivent est
inspiré du plan à l'échelle 1 qui va
servir à la construction de la première
maquette bois.
La berlinette doit être la voiture de Grand Tourisme
qui représentera la nouvelle marque dans les grandes
épreuves internationales (Nurburgring, Targa Florio,
etc.) aux mains de pilotes officiels ou par
l'intermédiaire de clients associés par
l'usine, comme c'était le cas pour les Coach DB les
années précédentes.
La conception de la voiture est proche de la barquette en ce
qui concerne l'architecture générale :
emplacement moteur, boîte de vitesse et type de
suspension.
La différence essentielle revient au choix d'une
carrosserie monocoque en plastique comme Colin Chapman en a
prouvé la faisabilité avec ses très
rapides Lotus Elite. Cependant, à la lumière
des ennuis rencontrés sur ces voitures
consécutifs à l'arrachage des points d'ancrage
des suspensions, un semblant de châssis
multitubulaire
allait être incorporé lors du moulage de la
coque afin de répartir les efforts transmis par la
suspension. La rigidité de l'ensemble n'est
assurée que par le "collage" des structures dans la
coque d'où l'appellation de "monocoque"
adoptée à l'époque.
La construction des coques et des châssis est
confiée aux frères Chappe à
Brie-Comte-Robert.
Ce n'est que fin janvier 1962 que la construction du moule
commence. La maquette en bois sera recouverte de
plâtre et de plastique pour permettre d'avoir un
"Master" qui servira pour prendre le moule nécessaire
à la fabrication des futures voitures.
Chez Chappe, la berlinette René Bonnet n'est pas
seule. On y retrouve l'Alpine GT 4 et la nouvelle CD de
Charles Deutsch. La curiosité réciproque des
différentes équipes qui, bien que
séparées, n'ignorent pas complètement
l'état d'avancement des deux autres voitures.
Fin
février 1962, si la maquette échelle 1, le
Master et l'outillage nécessaire à
l'assemblage du châssis sont bien avancés, il
s'avère impossible de sortir une première
voiture pour le 8 avril date des essais préliminaires
des 24 Heures du Mans.
Pour Chappe, les premiers exemplaires ne pourront pas sortir
avant le 15 mai.
7 et 8 AVRIL 1962 - ESSAIS DU MANS
Une seule barquette est prête pour ce week-end
d'essais. Ce n'est qu'en fin d'après-midi le samedi
que Gérard Laureau amène fièrement la
René Bonnet n°45 sur la piste. Le moteur n'est
pas celui attendu à double arbre à came en
tête mais pourtant la culasse est
hémisphérique avec bougies au centre et
soupapes actionnées directement par les culbuteurs
sans renvoi. Amédée Gordini est un
spécialiste de ce genre de dessin. La base semble
provenir de la Floride Renault accouplée à la
nouvelle boîte de l'Estafette.
Les
essais sont prometteurs et rendent optimistes René
Bonnet et son fils Claude qui en font part à M.
Pelletier, le directeur du service compétition de BP
Energol, un des partenaires de
l'équipe.
La caisse alu est peinte en bleu et elle arbore
fièrement les nouveaux logos des Automobiles
René Bonnet.
Un
capricorne (signe zodiacal de René Bonnet) bondissant
couvre les deux drapeaux de course. Le français qui
donne les départ et les damiers de l'arrivée.
Sur les flancs de la barquette, les drapeaux sont
croisés.
Quelques bons temps du week-end : W. Mairesse (Ferrari GTO)
4'07''1, G. Laureau (Bonnet-Renault) 5'23''2, Boyer (CD)
5'47''4.
L'ATELIER DE CHAMPIGNY
Parallèlement à la création de cette
nouvelle voiture chez Chappe, à Champigny on ne
s'endort pas.
Tous les efforts se portent sur la définition des
suspensions, du système de freinage à disques
sur les quatre roues et en plus sur la fabrication des
roues. Tous ces domaines sont nouveaux et très peu
connus à l'époque même dans le milieu de
la compétition.
La suspension avant fait appel à un triangle
supérieur en tube rond articulé sur le
châssis par l'intermédiaire de Silentblocs.
Le triangle inférieur est constitué d'un bras
en tube carré portant la rotule du pivot et d'un
tirant réglable permettant de faire varier l'angle de
chasse (articulation sur Unibal). Le combiné ressort
amortisseur réglable est articulé sur le bras
inférieur. L'encrage supérieur est
effectué sur une platine reliée au treillis
tubulaire avant.
A l'arrière, le porte moyeu en magnésium est
guidé en haut par un bras en Y et un triangle
inversé en bas.
Deux tirants équipés de rotules Unibal
encaissent les efforts longitudinaux et assurent le
positionnement des roues.
De
même qu'à l'avant, un combiné
ressort-amortisseur assure la suspension et permet le
réglage de la garde au sol de la voiture.
Nous sommes en présence d'une suspension
ultramoderne, réglable dans tous les sens et
caractéristique d'une véritable voiture de
course.
Les solutions d'avant-garde, séduisantes dans leur
principe n'ont qu'un inconvénient, mais de taille,
c'est qu'elles sont mal connues et que leur mise au point
absorbera beaucoup de temps à la petite
équipe.
25 MAI 1962 - 1000 km DU NURBURGRING
Six semaines après les essais préliminaires,
le match débute entre RB et CD. Cette course,
prélude des 24 Heures, est le véritable banc
d'essai pour les pilotes et les machines. Seule la
barquette, qui porte le n°103, pilotée par
Gérard Laureau et Jean Vinatier, est présente
devant 360 000 spectateurs.
Elle est équipée d'un moteur de 704
cm3 (course: 54mm, alésage: 64,5mm),
puisque les moins de 700 cm3 ne sont pas admisent
aux 24 Heures du Mans, il développe 70 ch à
8000 t/mn. Ces 100 ch/litre sont un beau résultat
pour le sorcier Amédée
Gordini.
Profitant des ennuis des deux CD, la René Bonnet
termine 20ème au scratch et
1ère de sa catégorie en 1000
cm3. C'est un excellent résultat
doublé de la satisfaction de terminer sans aucun
ennui pour une première sortie.
23 et 24 JUIN 1962 - LES 24 HEURES DU MANS
C'est le mardi 19 juin, journée du pesage, que les
pilotes désignés découvrent ce qu'ils
appellent le "coupé" qui porte le n°46 et
baptisé "Djet". La ligne très fine, les
proportions harmonieuses et le fini de l'habitacle (les
organisateurs exigent, en effet, une présentation
intérieure soignée) les rendent admiratifs. Le
couvercle moteur est même recouvert de cuir (sans
doute du Skaï).
Les
"anciens" Paul Armagnac et Gérard Laureau sont
là, bien sûr, de même que Jean Vinatier
et Robert Bouharde, tous issus de l'époque DB et se
partagent les deux barquettes présentes.
L'équipe est complétée par Bernard
Consten, champion de France de Tourisme 1961, et José
Rosinski, pilote de monoplace pour le coupé "Djet".
Jean-Claude Vidilles et Rollin sont en réserve, en
cas de défection.
Ce planning est respecté, du moins jusqu'au moment
où, tapant durement à Maison Blanche lors des
essais officiels, la barquette n°49, alors
pilotée par Robert Bouharde, doit être
retirée. Son moteur (704 cm³) est monté
dans le "Djet" (ex-suppléant) qui prend le n°61
et au lieu de Rollin, Vidilles reçoit l'appui de
Vinatier.
En course, les débuts sont difficiles. Moteur
surchauffé, le "Djet" n°61 abandonne
après deux heures de course,
alors que, pédale de frein cassée, Laureau et
Armagnac les fers de lance de l'équipe sur la
barquette n°50, sont immobilisés une demi-heure
à leur stand, après seulement trois tours de
ronde. Comme un peu plus tard, après quelques soucis
côté freins et embrayage, Consten-Rosinski sur
la n°46 vont rouler sans leur 4ème
rapport, le ciel s'obscurcit.
Paradoxe : c'est à partir de tous ces malheurs que
René Bonnet et les siens retrouvent des raisons
d'espérer. Seul
rescapé dans la classe 851 à 1000 cm³, le
"Djet" n°46, établit un nouveau record en
parcourant 3421,551 km à 142,565 km/h et, revenu
à la cravache, Laureau-Armagnac
vont rafler la médaille d'argent à l'indice de
performance, battus de deux petits tours par la Panhard-CD !
La barquette n°50 a parcouru 3396,906 km à
141,538 km/h. On imagine aisément quel classement
elle aurait pu espérer sans un long arrêt pour
une banale soudure ! Au classement général
à la distance, elles sont respectivement
17ème et 18ème,
c'est-à-dire
aux deux dernières places classées.
Cette course est une sécurité pour l'avenir et
un encouragement pour René Bonnet,
Amédée Gordini et la régie Renault qui
doit, après cette expérience concluante,
accroître encore son effort pour la course.
11 JUILLET 1962 - PRESENTATION DE LA GAMME DES
AUTOMOBILES RENE BONNET
Après quelques mois d'existence, la
société des Automobiles René Bonnet est
"baptisée" dans le cadre très vaste et
très agréable du Bowling de Paris au Jardin
d'acclimatation. Evénement très parisien qui
rassemble le monde des arts, des lettres et (aussi) de
l'automobile.
Notons
la présence des deux "patrons" des études de
la Régie Renault, MM. Fernand Picard et Yves Georges.
Ils officialisent les accords entre la Régie et
Bonnet après son divorce avec Panhard. MM. Triboulet,
ministre; Guèze, concessionnaire pour Paris et
André Moynet, ancien ministre et ami de René
Bonnet sont également présents.
De sa précédente production ne subsiste que le
cabriolet "Le Mans" qui a changé sa mécanique
Panhard pour le 1108 cm3 de l'Estafette Renault.
Sont venus s'y ajouter le cabriolet deux places "Missile"
avec le moteur 845 cm3 de la Dauphine 1093 Renault
monté sur une plate-forme dérivée de la
R4 Renault et le coach "Djet" vu au Mans.
Les modèles destinés à la
clientèle sont jolis et fort habitables, le plus
remarqué étant le sportif "Djet",
déjà bien connu depuis sa participation aux 24
Heures. Pour l'instant, ce modèle demeure en
catégorie "Expérimentale" en raison de
l'obligation (périmée mais toujours en
vigueur) d'avoir cent exemplaires pour être
homologué en Grand Tourisme. De ce fait, il ne pourra
pas participer au Tour de France automobile du 15 au 23
septembre.
Il doit être livré en deux versions :
- Modèle Standard : moteur 956 cm3
à 5 paliers au prix de18.000 NF
- Modèle Rallye : moteur 996 cm3 à
culasse hémisphérique au prix de 25.000 NF
En dehors du mythique modèle "Le Mans", les nouvelles
voitures René Bonnet sont placées sous le
signe de
l'aéronautique. Pourquoi ces appellations "Djet" et
"Missile" ?
A la suite de son rapprochement avec la firme Matra, qui
fabrique de l'armement aéronautique militaire et
totalement inconnue du grand public (voir plus haut),
René Bonnet a baptisé ses propres voitures
"Missile" et "Djet". Il a ajouté un "D" devant Jet
pour une prononciation à
l'américaine
Dans sa note de presse, René Bonnet écrit
:
"Le programme de notre nouvelle firme est vaste. Il consiste
à faire briller les couleurs françaises en
compétition et à offrir aux amateurs une gamme
de modèles sûrs et rapides, à des prix
particulièrement compétitifs,
bénéficiant directement et très vite de
l'expérience de la course, mais d'un entretien facile
puisque construits à partir d'éléments
de très grande série.
A cet effet, un accord avec le plus grand constructeur
français: la Régie Nationale des Usines
Renault, dont les dirigeants ont prouvé une
magnifique et sportive compréhension, constitue une
véritable garantie pour la clientèle tant sur
le plan national qu'international.
Outre ces appuis des "clients-amis-actionnaires" et de la
Régie, une grande aide nous a été
fournie par plusieurs grands noms de l'automobile, entre
autres par la dynamique Société des
Pétroles BP."
15 JUILLET 1962 - TROPHEES D'AUVERGNE
Epreuve de 300 km, elle admet au départ aussi bien
les voitures "Grand Tourisme" que les
"Expérimentales" et les "Sport". Ce mélange
eût pu être gênant si ces dernières
de forte cylindrée avaient dominé la course de
bout en bout. Fort heureusement la seule voiture susceptible
d'afficher une pareille supériorité, la
Ferrari 3 litres de l'écurie République de
Venise, pilotée par Nino Vaccarella, fut contrainte
à un arrêt au stand qui lui ôta toute
chance.
Hormis les GT, le second pôle d'attraction de la
course résidait dans la course des moyennes et
faibles cylindrées. Bon comportement des Simca-Abarth
mais l'intérêt principal concernait le match
Lotus-Bonnet. La Lotus "23" de Bernard Consten,
malgré un mauvais départ, n'en a pas moins
terminé à la neuvième place du
classement absolu devant la Simca-Abarth, la René
Bonnet et... les Porsche.
Pour la René Bonnet, le résultat est
très encourageant. La voiture tient la route et,
seuls les freins donnent encore quelques soucis au pilote.
Quant au moteur, dessiné et mis au point par
Amédée Gordini, son rendement est bon. Il sera
toutefois nécessaire de trouver encore un
léger surcroît de puissance. René Bonnet
et Amédée Gordini sont cependant sur la bonne
voie.
Au classement final, les René Bonnet terminent :
- 12ème : Gérard Laureau (barquette
n°50), 16ème : Jean Vinatier (Djet
n°46), 18e : Paul Armagnac (Djet n°61).
Le vainqueur Carlo Abate sur Ferrari 250 GTO aura parcouru
les 300 km en 2 h 35' 25" soit à la moyenne de
118,168 km/h.
MAIS EGALEMENT
Le 12 août, à la côte du Mont Dore, Paul
Armagnac sur la barquette n°96 termine
12ème au scratch et 1er de la
classe 1 en Sport (3'42'' à la moyenne de 81,081
km/h).
Le 2 septembre, à la côte de Chamrousse,
Gérard Laureau termine 1er en
Expérimental, moins de 1000 cm3 en 12'12''
et Marcel Picard, 4e en 13'05''4.
Le 9 septembre, à la côte d'Urcy, Gérard
Laureau termine 1er en Expérimental, moins
de 1000 cm3 en 2'01''2 et Marcel Picard,
4ème en 2'08''.
Le 23 septembre, aux coupes de Paris à
Montlhéry, Gérard Laureau termine
1er en GT 1000 cm³ sur la barquette
n°52 ayant parcouru 50,100 km (15 tours) en 24' 51",
moyenne : 121,901 km/h.
LES DJET VERSION CIVILE
De retour à Champigny, les deux Djet bleu
métallisé font s'extasier les clients
acheteurs potentiels. Mais, de par la conception du treillis
tubulaire noyé dans la carrosserie, il est difficile
de la fabriquer en petite série à prix
compétitif, et, de plus, l'accord des suspensions n'a
pas encore été évident à
trouver.
D'où, sous la pression de Claude le fils de
René Bonnet, l'idée de revenir à une
classique poutre centrale en acier déjà vue
par ailleurs chez DB ou Alpine, qui offre suffisamment de
rigidité et de volume pour les baquets, en
ménageant l'accessibilité lors de l'ouverture
des portes. A l'avant, on adapte la traverse de la nouvelle
R8 (raccourcie
de 8 cm), tandis que la suspension originale
triangulée est conservée à
l'arrière mais avec doubles ressorts
hélicoïdaux. Evidemment, pour la "série",
on va se ruer sur les pièces de la R8 : direction,
chauffage, pédalier, freins, et même jantes en
tôle de 15 pouces chaussées de petits pneus de
145 qui remplaceront les 13 pouces en magnésium,
nécessitant une nouvelle découpe plus haute
des ailes. Bref, on civilise.
Sous la "bulle" arrière, on monte, toujours en
position centrale, le 5 paliers en version 1108 cm³ qui
est en fait, la nouvelle mécanique de
l'Estafette.
Bien sûr, on adapte ce bloc à l'utilisation
sportive. La culasse est retravaillée, l'arbre
à cames latéral changé pour un plus
"méchant". Le volant moteur est allégé,
l'allumeur est spécifique (avec prise compte-tours
mécanique), de même que la pipe d'admission
avec un carburateur Zénith de 32 et une ligne
d'échappement Rosi. S'il développe 48 ch SAE
en version Renault, en 1108 il atteint sur les Djet 70 ch
SAE (65 DIN), selon les modèles, soit 40% de
puissance en plus.
Si la boîte de vitesses, montée en porte
à faux arrière, cachée par une petite
grille de calandre, elle emprunte les carters de
l'Estafette. La pignonnerie interne est spécifique,
se caractérisant par des rapports très
longs.
4 au 14 OCTOBRE - 49ème SALON DE
L'AUTOMOBILE DE PARIS
C'est au Parc des Expositions de la porte de Versailles que
se tient désormais le Salon de l'Automobile.
Le grand public découvre la gamme des automobiles
René Bonnet.
Les cabriolets "Missile" (845 cm³) et "Le Mans" qui
reçoit, le bloc moteur 1108 cm³ monté en
porte à faux avant et les coach "Djet",
annoncés en modèle Standard et Rallye,
deviennent les versions I, II, III, IV.
- Djet I : moteur 1108 cm³, 70 ch, culasse classique,
châssis poutre : 18.000 F
- Djet II : moteur 1108 cm³, 80 ch, culasse
hémisphérique, châssis poutre : 21.000
F
- Djet III : moteur 998 cm³, 80 ch, culasse
hémisphérique, châssis tubulaire :
25.000 F
-
Djet IV : moteur 998 cm³, 100 ch, culasse à 2
ACT, châssis tubulaire : 30.000 F
Au même salon : la DS 19 Citroën vaut 14.425 F,
le coupé 404 Peugeot 18.250 F, la Facellia Facel
Véga 21.800 F
Ces configurations ne sont pas figées et toute
adaptation à la demande du client est possible. La
mise en chaîne est lente, et seuls les "Djet"
compétition sont visibles : 17 tubulaires sont
fabriqués en 1962. Les quelques 150 clients ayant
passé commande devront attendre juillet 63 pour les
premières livraisons.
12 AU 14 OCTOBRE 1962 - RALLYE DE L'ARMAGNAC
Paul Armagnac signe une nouvelle victoire (qui sera
malheureusement sa dernière) dans le rallye qui porte
le même nom que lui. Sur la barquette 1000
cm3 n°116, il termine 4ème
au général et 1er en Sport.
20, 21 OCTOBRE 1962 - 1000 km DE PARIS A
MONTLHERY
Aux essais du samedi 20, la barquette 1000 cm³, aux
mains de Paul Armagnac, est
déséquilibrée au passage de la cuvette
de Couard (surnommée "le trou")
précédant la côte Lapize.
Grièvement blessé, le sympathique champion
fidèle à René Bonnet succombera le
lundi 22.
Le dimanche 21 la course a lieu mais la tristesse
règne dans l'équipe René Bonnet
malgré le soleil qui baigne le circuit.
Ces 1000 km comprennent, en fait, trois courses. Celle des
Ferrari, auxquelles est opposée l'Aston Martin de Jim
Clark, celle des Porsche 1600 contre les Lotus et Abarth
1300 et celle des 1000 cm3.
La Ferrari GTO des frères Rodriguez gagne la
première après l'abandon de l'Aston Martin de
Jim Clark (alors aux mains de son équipier John
Whitemore).
Porsche gagne, une fois encore, sa catégorie et
Abarth avec Mauro Bianchi et Hans Herrmann gagne en classe
1300. En 1000, la troisième Abarth, engagée
par des indépendants, Bobrowski et Ruata termine en
bonne position, derrière les deux voitures
"Expérimentales" de la catégorie et
très loin devant la Panhard-CD de Guilhaudin et
Bertaut qui a connu des ennuis divers, allant de la sortie
de route, à la panne d'allumage. C'est aussi une
panne d'allumage (court-circuit à la dynamo), qui a
faillit arrêter définitivement la René
Bonnet à quelques tours seulement de la fin de
course. La lutte se résume à un duel
Lotus-Bonnet. La Lotus 23 est pilotée par
José Rosinski et Bernard Consten.
Pour René Bonnet, après le dramatique accident
des essais, seule la barquette n°45 est engagée
aux mains de Jean Vinatier et Robert Bouharde. Elle est
équipée du double arbre à cames
Renault-Gordini de 98 ch.
A la lumière des performances réalisées
autant sur le circuit de Clermont-Ferrand que lors des 1000
km de Paris, l'écart semble important. Alors que le
comportement de la Lotus est considéré comme
parfait par les spécialistes, chez René Bonnet
on recherche encore le bon équilibre de la voiture et
un regain de puissance de freinage. Un nouveau châssis
doit être dessiné durant l'hiver. De toute
façon, il est probable que le règlement
concernant les "Expérimentales", que va publier la
Commission Sportive Internationale courant décembre,
obligera les constructeurs à modifier sensiblement
ces prototypes.
Le bilan de ces 1000 kilomètres est facile et
logique. Pédro et Ricardo Rodriguez ont quitté
leur rôle de futurs prodiges pour celui de pilotes de
premier plan. En moins de 1000 cm³, Lotus a
gagné parce qu'ils possèdent incontestablement
la meilleure voiture du moment.
La René Bonnet termine sans enthousiasme,
13ème au général à 21
tours des frères Rodriguez et seconde derrière
la Lotus mais, première voiture française
malgré tout.

Les obsèques de
Paul Armagnac sont célébrés le jeudi 25
octobre 1962, mettant un terme à une brillante
carrière avec les voitures de René Bonnet.
Onze jours plus tard,
Ricardo Rodriguez se tue à Mexico...
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