Gérard
LAUREAU
Les habitués
des manifestations où les DB sont présentes,
ne verront plus ce sympathique visage. C'est Claude Bonnet
qui m'a appris la triste nouvelle, il a eu la
délicate attention d'informer les membres du club
D'Jet. Personne n'est éternel mais c'est toujours
avec un pincement au cur que l'on reçoit ce
type de message. C'est à Rétromobile que j'ai
eu le plaisir de saluer une dernière fois ce
valeureux pilote. Il était sur le stand DB, dans son
monde, en compagnie de Roland Roy, Robert Sobeau et bien
d'autres. La famille Laureau
exerce le métier de puisatier, à
Saint-Cyr-l'École, depuis toujours et Gérard
représente la cinquième
génération. Pilote d'usine
dès 1954, les primes sont inexistantes ou presque.
Par exemple, sa victoire à l'indice aux 24 Heures du
Mans 1960 lui rapporte 2000 des nouveaux francs de
l'époque
sans commentaires. Impossible de faire
vivre une famille avec de tels gains. C'est René
Marchand qui lui fait connaître le milieu de la course
automobile. Il entre dans le cercle "Los Amigos" qui
regroupe des pilotes automobiles toujours prêts
à s'amuser
après la course. Sa passion
lui permet de s'asseoir de temps en temps dans les bolides
des copains qu'il conduit sur les routes du retour. Il
s'essaye au rallye au volant d'une Traction mais ce n'est
pas son truc. Ce qu'il veut c'est courir sur
circuit. C'est au volant d'un
Jaguar XK 120, prêtée par son ami Claude
Simonot, qu'il fait ses débuts de pilote.
Engagé en 1953 aux 12 Heures d'Hyères, son
classement final est très honorable. Normal, il pleut
des cordes pendant toute la course mais Gérard aime
l'eau sous toutes les formes. Quoi de plus logique pour un
puisatier qui s'appelle Laur
eau ! Il participe
à d'autres courses avec cette auto et notamment le
Tour Auto 53 qui se termine en tonneau et trois doigts
écrasés. Les mécaniciens de chez Jaguar
avaient inversé les cales arrière. En 1954,
revanche aux Sables d'Olonne, il se classe
second. Sur les circuits, il
fait la connaissance de Georges Trouis, garagiste parisien
et pilote indépendant qui vient d'acheter un tank DB
750 cm3. Il propose à Gérard d'être son
équipier au Tourist Trophy à Belfast. Dans
l'avion, il retrouve l'équipe DB et fait la
connaissance de René Bonnet. C'est, comme souvent, un
concours de circonstances qui va le servir. Une tempête en
mer d'Irlande bloque Trouis, qui n'est que client, et son
auto à Liverpool. La DB officielle doit être
pilotée par Paul Armagnac et Claude Storez. Aux
essais, Storez est perturbé par des problèmes
"de cur" et n'est pas très performant.
René Bonnet mécontent le renvoie en France.
L'équipe propose Gérard Laureau pour le
remplacer, il est sur place et sans voiture. Son
expérience est limitée, il ne connaît ni
la voiture, ni le difficile circuit de Dundrod long de 18 km
et il faut toute la persuasion de Paul Armagnac pour
convaincre René Bonnet. Le soir, Paul conseille
Gérard en lui dessinant le circuit
sur la nappe
du restaurant. De toute façon, pour ne pas prendre de
risque il n'effectuera que quelques tours pour respecter le
règlement. Au passage de relais
entre les deux pilotes, des trombes d'eau inondent la piste.
Pas grave, puisque Gérard aime l'eau ! Il va vite,
plus vite que sur le sec et René Bonnet le laisse
mener la DB jusqu'au bout. Le classement se fait au handicap
(rapport distance - cylindrée) et nos deux
compères gagnent à plus de 100 km/h de
moyenne. Ce succès a eu un profond retentissement
dans les milieux de l'automobile mondiale. La DB l'emporte
devant les Ferrari, Maserati, Jaguar, Lancia et autres
pilotées par Ascari, Fangio, Taruffi, Whitehead,
Hawthorn, Moss, etc. Jean Behra victime d'un accident y
perdra une oreille. Il est immédiatement
engagé dans l'équipe DB. Le voilà
pilote d'usine ! En 1955, comme pour bien prouver que le
succès de l'année précédente
n'était pas dû au hasard, nos deux
compères renouvellent leur performance sur le
même circuit. Ils sont
complémentaires. Armagnac, alors huissier dans le
Gers, n'est pas mécanicien et n'a ni le temps ni
l'envie de monter à Paris pour les séances
d'essais. Laureau, habitant près de Montlhéry,
est chargé de la mise au point et devient vite le
pilote le plus rapide de l'équipe. Paul fait
entièrement confiance à Gérard et, en
course, ils se retrouvent au volant de la meilleure voiture
de l'équipe. La préférée restera
la "camionnette" victorieuse, notamment, au Tour Auto
58. En 1962, la belle
épopée DB se termine. Le tandem Laureau -
Armagnac suit René Bonnet dans son entreprise avec
les mécaniques Renault. En fin d'année, sur
l'autodrome de Montlhéry, Paul Armagnac se tue au
volant de la barquette RB. Gérard Laureau ne s'en
remet pas d'autant qu'il n'est pas à l'aise avec les
nouvelles René Bonnet. En 1963, L'arrivée de
Jean-Pierre Beltoise, avec qui il se lie d'amitié,
retarde l'échéance mais, en 1964, les F2 puis
l'accident de Jean-Pierre lui donne le coup de grâce.
C'est décidé, il raccroche à 44 ans.
Les voitures qu'il doit piloter lui paraissent trop
dangereuses. Ainsi s'achève
une brillante carrière qui n'a pas mené
Gérard Laureau au sommet de la gloire et de la
fortune mais qu'importe, son palmarès parle pour lui
(trois fois champion de France en Sport-Proto, plus de
soixante victoires de catégorie). Rappelons-nous les
conditions de course de l'époque pour
apprécier ses qualités à leurs justes
valeurs. Merci Monsieur Laureau
pour le bonheur que vous avez donné à des
millions de spectateurs sur les plus grands circuits du
monde. A tous ses proches,
sa famille et ses amis, le club D'Jet présente ses
sincères condoléances. Yves
Marchais A lire ou relire,
l'entretien entre Patrice Vergès et Gérard
Laureau paru dans Auto Passion n° 33 de mars
1990.
Gérard
Laureau s'est éteint mercredi 27 novembre, à
82 ans pour retrouver son ami, Paul Armagnac trop tôt
décédé, et ses "patrons" René
Bonnet et Charles Deutsch.
C'est
le début d'une profonde amitié entre les deux
hommes et d'une série de victoires impressionnantes
soit à l'indice, soit au rendement sur les plus
grands circuits du monde dans les plus grandes courses : 24
Heures du Mans, Tour Auto, 12 Heures de Sebring, Targa
Florio, 1000 km du Nurburgring, Montlhéry, Charade,
Reims, Pau, Rouen
Les victoires à Sebring
permettent de vendre plusieurs coach DB aux USA.
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