Hommage

Gérard LAUREAU

 

Les habitués des manifestations où les DB sont présentes, ne verront plus ce sympathique visage.

Gérard Laureau s'est éteint mercredi 27 novembre, à 82 ans pour retrouver son ami, Paul Armagnac trop tôt décédé, et ses "patrons" René Bonnet et Charles Deutsch.

C'est Claude Bonnet qui m'a appris la triste nouvelle, il a eu la délicate attention d'informer les membres du club D'Jet. Personne n'est éternel mais c'est toujours avec un pincement au cœur que l'on reçoit ce type de message. C'est à Rétromobile que j'ai eu le plaisir de saluer une dernière fois ce valeureux pilote. Il était sur le stand DB, dans son monde, en compagnie de Roland Roy, Robert Sobeau et bien d'autres.

La famille Laureau exerce le métier de puisatier, à Saint-Cyr-l'École, depuis toujours et Gérard représente la cinquième génération.

Pilote d'usine dès 1954, les primes sont inexistantes ou presque. Par exemple, sa victoire à l'indice aux 24 Heures du Mans 1960 lui rapporte 2000 des nouveaux francs de l'époque… sans commentaires. Impossible de faire vivre une famille avec de tels gains.

C'est René Marchand qui lui fait connaître le milieu de la course automobile. Il entre dans le cercle "Los Amigos" qui regroupe des pilotes automobiles toujours prêts à s'amuser… après la course. Sa passion lui permet de s'asseoir de temps en temps dans les bolides des copains qu'il conduit sur les routes du retour. Il s'essaye au rallye au volant d'une Traction mais ce n'est pas son truc. Ce qu'il veut c'est courir sur circuit.

C'est au volant d'un Jaguar XK 120, prêtée par son ami Claude Simonot, qu'il fait ses débuts de pilote. Engagé en 1953 aux 12 Heures d'Hyères, son classement final est très honorable. Normal, il pleut des cordes pendant toute la course mais Gérard aime l'eau sous toutes les formes. Quoi de plus logique pour un puisatier qui s'appelle Laur…eau ! Il participe à d'autres courses avec cette auto et notamment le Tour Auto 53 qui se termine en tonneau et trois doigts écrasés. Les mécaniciens de chez Jaguar avaient inversé les cales arrière. En 1954, revanche aux Sables d'Olonne, il se classe second.

Sur les circuits, il fait la connaissance de Georges Trouis, garagiste parisien et pilote indépendant qui vient d'acheter un tank DB 750 cm3. Il propose à Gérard d'être son équipier au Tourist Trophy à Belfast. Dans l'avion, il retrouve l'équipe DB et fait la connaissance de René Bonnet. C'est, comme souvent, un concours de circonstances qui va le servir.

Une tempête en mer d'Irlande bloque Trouis, qui n'est que client, et son auto à Liverpool. La DB officielle doit être pilotée par Paul Armagnac et Claude Storez. Aux essais, Storez est perturbé par des problèmes "de cœur" et n'est pas très performant. René Bonnet mécontent le renvoie en France. L'équipe propose Gérard Laureau pour le remplacer, il est sur place et sans voiture. Son expérience est limitée, il ne connaît ni la voiture, ni le difficile circuit de Dundrod long de 18 km et il faut toute la persuasion de Paul Armagnac pour convaincre René Bonnet. Le soir, Paul conseille Gérard en lui dessinant le circuit… sur la nappe du restaurant. De toute façon, pour ne pas prendre de risque il n'effectuera que quelques tours pour respecter le règlement.

Au passage de relais entre les deux pilotes, des trombes d'eau inondent la piste. Pas grave, puisque Gérard aime l'eau ! Il va vite, plus vite que sur le sec et René Bonnet le laisse mener la DB jusqu'au bout. Le classement se fait au handicap (rapport distance - cylindrée) et nos deux compères gagnent à plus de 100 km/h de moyenne. Ce succès a eu un profond retentissement dans les milieux de l'automobile mondiale. La DB l'emporte devant les Ferrari, Maserati, Jaguar, Lancia et autres pilotées par Ascari, Fangio, Taruffi, Whitehead, Hawthorn, Moss, etc. Jean Behra victime d'un accident y perdra une oreille. Il est immédiatement engagé dans l'équipe DB. Le voilà pilote d'usine ! En 1955, comme pour bien prouver que le succès de l'année précédente n'était pas dû au hasard, nos deux compères renouvellent leur performance sur le même circuit.

C'est le début d'une profonde amitié entre les deux hommes et d'une série de victoires impressionnantes soit à l'indice, soit au rendement sur les plus grands circuits du monde dans les plus grandes courses : 24 Heures du Mans, Tour Auto, 12 Heures de Sebring, Targa Florio, 1000 km du Nurburgring, Montlhéry, Charade, Reims, Pau, Rouen… Les victoires à Sebring permettent de vendre plusieurs coach DB aux USA.

Ils sont complémentaires. Armagnac, alors huissier dans le Gers, n'est pas mécanicien et n'a ni le temps ni l'envie de monter à Paris pour les séances d'essais. Laureau, habitant près de Montlhéry, est chargé de la mise au point et devient vite le pilote le plus rapide de l'équipe. Paul fait entièrement confiance à Gérard et, en course, ils se retrouvent au volant de la meilleure voiture de l'équipe. La préférée restera la "camionnette" victorieuse, notamment, au Tour Auto 58.

En 1962, la belle épopée DB se termine. Le tandem Laureau - Armagnac suit René Bonnet dans son entreprise avec les mécaniques Renault. En fin d'année, sur l'autodrome de Montlhéry, Paul Armagnac se tue au volant de la barquette RB. Gérard Laureau ne s'en remet pas d'autant qu'il n'est pas à l'aise avec les nouvelles René Bonnet. En 1963, L'arrivée de Jean-Pierre Beltoise, avec qui il se lie d'amitié, retarde l'échéance mais, en 1964, les F2 puis l'accident de Jean-Pierre lui donne le coup de grâce. C'est décidé, il raccroche à 44 ans. Les voitures qu'il doit piloter lui paraissent trop dangereuses.

Ainsi s'achève une brillante carrière qui n'a pas mené Gérard Laureau au sommet de la gloire et de la fortune mais qu'importe, son palmarès parle pour lui (trois fois champion de France en Sport-Proto, plus de soixante victoires de catégorie). Rappelons-nous les conditions de course de l'époque pour apprécier ses qualités à leurs justes valeurs.

Merci Monsieur Laureau pour le bonheur que vous avez donné à des millions de spectateurs sur les plus grands circuits du monde.

A tous ses proches, sa famille et ses amis, le club D'Jet présente ses sincères condoléances.

Yves Marchais

A lire ou relire, l'entretien entre Patrice Vergès et Gérard Laureau paru dans Auto Passion n° 33 de mars 1990.

 

  

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